samedi 8 février 2014

Il voyait la mort




Sous un long soupir désespéré, il se tira de l'autre monde. Les gens continuaient de mourir nuit après nuit, quand il fermait les yeux. Ils les voyaient agonisé, souffrir, sans qu'il puisse rien n'y faire. Et le matin, tout le monde était en vie. C'était de plus en plus dur de faire une différence, de faux souvenirs s'enroulant tristement autour d'un passé tissé de manière hasardeuse. 

Chaque fois qu'il les revoyait, il les voyait déchiré, disloqué, proche d'une fin. Pourtant, rien. Pire que tout, il la voyait mourir encore et encore. Elle qui comblait ses pensées. Qui faisait marcher son cœur et ses poumons. 

Alors, il essayait de s'en détacher. Il ne devait pas le nier, il ne pouvait le faire, ce n'était pas normale. Torturer par ses pensées. Mais ce soir-là, c'était différent. Non pas que personne était morte, au contraire, il avait souvenir d'une multitude de cauchemars, qui ne le finissait jamais. Mais quand il se réveilla, il n'était pas seul. Son cerveau n'aurait pas pu le certifier, mais cette nuitée-là, il n'avait point le contrôle, ses yeux et son cœur battant faisait office de chef de bord.

 Car devant lui était assise paisiblement la mort. Un masque noir, avec seulement un sourire blanc et de grands yeux rouges. Une longue faux traînant entre des doigts gantés. Il ne pouvait pas mourir. Tout le monde le disait, tout le monde le pensait. Lui, il ne songeait qu'à savoir pourquoi. Pourquoi avait-il côtoyé si longuement la mort avec qu'elle l'attire avec elle. D'une voix douce, presque minutieuse, elle lui donna tort. Elle ne venait pas le chercher. Elle venait s'occuper. Elle aussi voyait son œuvre de façon horrible, était épuisé par ce fardeau. Mais pourquoi devait il en subir les effets, et surtout pourquoi lui, ne se détachant de personne d'aucune manière. Et elle haussa des épaules.
Tu sais, dit-elle, je ne contrôle pas grand-chose. C'est la nature qui en décide ainsi. Moi, je ne veux que parler avec un semblable.

 Il hésita un peu, s’éclaircit la voix, puis demanda vaguement si quelqu'un qu'il connaissait aller subir le passage demain. Encore une fois, ne sachant pas trop, elle haussa les épaules, mais en revanche lui tendit un papier. C'est les gens du coin qui vont mourir lui fit elle comprendre. Il fut soulager de voir aucun nom lui rappelant quelque chose. C'est ainsi qu'ils discutèrent tout au long de la nuit, sur un peu de tous les sujets. Elle en savait beaucoup, mais ressentait très peu. Il en était tout le contraire, mais tous deux étaient fatiguer de la fin.

 Au matin, elle reparti, il l'invita à revenir. Puis, il se réveilla. Il aurait cru que ce n'était qu'une déviation originale de ses habituels cauchemars, mais la nuit suivante, il pria son retour. Bien sûr, que ferait-elle d’autre. Et ce fut le début d'une histoire, unique et pourtant si universelle. Il ne faisait plus de cauchemar, plus que d'enlevante discussion avec une amie. Mais un soir, elle arriva gênée, presque intimidé. Elle lui tendit un papier. Un de ses amis allait mourir demain. Il hocha de la tête, comprenant qu'elle ne pouvait rien n'y faire. Les gens devaient mourir. Elle lui fit un marcher, si il ne le voyait pas à partir de 17h, elle ferait en sorte que sa mort soit paisible. Elle ne voulait pas faire cela devant lui, c'était impensable. 

Il accepta. Le lendemain, il passa la journée avec son ami, puis l'heure venu, les deux partis dans leur direction, dont l’un, a jamais. Il ne vit jamais quelqu'un passé, sous ses yeux, de toute sa vie. Beaucoup de gens le quittèrent, bien évidemment, mais jamais ce fut devant lui. Il savait quand les gens allaient partir, mais ça ne le dérangeait plus, il avait déjà vécu cela, la nuit, avant elle.

 A un très vieil âge, il mourut. En paix, comme tous ses proches, dans son sommeil. Il sourit, c'est la première fois qu'il voyait quelqu’un passé, en plus de cinquante ans. Mais ce n'était pas mourir, c'était retrouvé une vieille amie, et allé prendre un café...ailleurs.

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