jeudi 6 février 2014

Le pouls d'une nation

Chaque époque et chaque peuple a eu ses propres guerres, de la violence concentrée pour des enjeux qui échappent à l'esprit de gens comme moi. Les gens souffrent et personne ne peut le nier. Pour moi, les armes sont une folie et leurs partisans, des passionnées morbides qui vénèrent la connerie humaine. Les meurtres en sont une preuve évidente, des gens qui ont décuplés le sentiment de puissance versus le monde.

Bref, je me suis toujours éloigné de ces objets, mais lorsque tu roules au sens contraire du monde, il finit par nous rattraper. Cette journée, il m'a rattrapé sous un bout de papier, la conscription.
Le pays était rentré en guerre pour une obscure raison et on avait demandé à tous les hommes de se battre. Je n'ai pas pu échapper à l'ensemble. Si bien que quelques semaines plus tard, nous étions dans les tranchées, à attendre que l'ennemi fasse quelque chose ou que des ordres viennent d'en haut. Mais les ennemis devaient être probablement aussi terrifié que nous l'étions. Mes camarades avaient peur de mourir, j'avais peur de vivre en ayant tué.

Un jour, on entendit des hurlements, des cris venant de bien profondément. C'était l'ennemi qui avait rassemblé un peu de courage. Il fallut les armes, courir, se cacher. Mais je n'ai pas pu appuyer la gâchette. Jusqu'à ce que l'un d'entre eux me renversèrent et pointe son canon sur mon visage.

J'ai tiré. Mais quelque chose dans mon esprit m'a fait dire que tout cela, c'était correct. J'avais été obligé de tirer, la nation me l'avait ordonné. Ce n'était pas moi qui l'avais tué, c'était le pays.

À partir de ce moment, j'ai commencé à faire ce que l'on me demandait, tué sans poser de question. Je m'étais adapté à un autre corps, j'avais le pouls de toute la nation. Je ne tuais pas, mais je suivais le pays.

Quand je suis rentré dans le pays, je ressentais encore ce pouls. Un battement solennel, régulier, qui me faisait vivre. Je me suis dit que si j'achetais une arme, ça passerait, que je n'entendrais plus ce rythme. Mais non, il n'a jamais disparu.

Ça m'a échappé, désolé. J'ai tué mon voisin, de l'appartement dans haut. Je n'ai rien ressenti, car ce n'était pas moi qui l'avais tué, c'était un battement régulier un battement d'un peuple. La nation ne voulait plus de lui, elle me l'a chuchoté.

Naturellement, je ne me suis pas enfui, a quoi bon, ce que j'avais fait était bien. Les policiers n'ont pas bien compris. Je me suis fait enfermé. Le juge non plus, il m'a envoyé dans un asile. Il était tous fou, je les ai tués, il ne se conformait pas à la nation. Il était des rebelles, je devais le faire.

Ils m'ont mis en isolement, seul, dans le noir. Et dans ce noir, le battement n'a pas survécu, il s'est éteint. Un nouveau est apparu, celui de mon propre coeur. Il était faible, il était malade. Les gardiens de l'asile me retrouvèrent mort cette soirée là. Je ne m'étais pas tué, la nation l'avait fait.

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