mardi 28 octobre 2014

L'enfant et l'épée

Une épée tendue, menaçante ;
Cette guerre si violente...
Un enfant perdu au milieu de la rue,
Il cherche ses parents ; disparus. 
Il vagabonde le néant
À la recherche d'un géant ;
Qui saura l'aider
Et le guider.

Où trouver un géant vivant ?
Là-bas, il n'y a que des géants morts,
Des cadavres décomposés et puants ; 
Et l'enfant en voit encore et encore. 

Ce matin, l'orage a terrifié
Tombant d'un ciel certifié ; 
D'une mort certaine et terrifiante
Avec la douleur incertaine ; souriante. 
L'enfant ne pleure point,
Car cette émotion, il n'en sait rien...
Déchiré par sa douloureuse colère, 
Il défie la mort : "Mourir sur cette Terre
Ne sera point aussi cruel que de vivre,
Alors que les géants vagabondent ivres.
Pitié ait la mort, point de souffrance ;
Laissez-moi retrouver ma délivrance."

L'orage terrifie toujours
Tombant d'un ciel sans jour ;
L'enfant ne bouge point, il prie : 
"Laissez-moi partir, je vous prie."

28 octobre 2014, 
Gab Bourdua.


dimanche 21 septembre 2014

Petit carnet de pensées

La pluie tombait. Légère et saccadée sur le toit. Katia la fixait, assise sur son fauteuil, à travers les grandes fenêtres qui dévoraient la majorité des murs qui l'entourait. C'était une pièce aux couleurs harmonisés. Les murs étaient d'un bleu pâle, très loin de la couleur qu'avait le ciel pluvieux. Le sol était couvert d'une moquette d'un vert douteux. Cela faisait plusieurs heures que Katia écoutait la pluie. Elle semblait ne pas avoir de fin, un peu comme cette route sur laquelle elle avait voyagé en début de journée pour venir jusqu'ici. C'était une route de terre bordé de cette odeur à la fois rance et pure, caractéristique de la campagne. Une odeur qu'elle connaissait bien, puisqu'elle y avait passé une bonne partie de son enfance. C'était probablement la raison pour laquelle de si étranges émotions se mélangeaient en elle. De la mélancolie, du soulagement et un peu de regret pour cette enfance, pour cette innocence perdue il y a longtemps. Peut-être que c'était justement cet abandon dont elle prenait de plus en plus conscience avec les années, qui l'avait poussé à s'habiller ainsi ce matin lorsque son frère était venu la chercher. Elle portait une robe bleue, très simple et une tresse comme lorsqu'elle était enfant. Lorsque son frère l'avait vue, il n'avait prononcé aucun mot. Il avait simplement pointé sa voiture du doigt et l'avait emmenée jusqu'ici, sans un mot, et presque sans un regard. Avant de le quitter, elle avait effleuré sa main. Cela faisait bien longtemps que le frère de Katia n'avait pas senti le simple toucher de sa sœur. Il en fut surpris et releva les yeux. Il rencontra son regard, mais tout ce qu'il vit fut la résignation la plus totale. Elle savait qu'elle n'avait pas d'autre choix et elle regrettait que, après toutes ces années, ils  n'aient pas réussi à mieux s'entendre. Elle lui serra une dernière fois la main avant de sortir de sa voiture et aussi probablement, il le savait, du restant de sa  vie.
***     
Tout en continuant de regarder la pluie, elle se remémorait justement ces années. Ces erreurs, ces méprises et ces folies qui l'avaient menée jusque là. Malgré tout, elle était contente d'être toujours, d'exister encore. Ce n'était que temporaire cet établissement, mais elle se sentait en sécurité ici. Loin de tout, loin de ceux qui pourraient lui vouloir du mal. Elle avait bien besoin de cette sérénité. Ce qu'elle voulait écrire nécessitait cette sérénité. Pendant un temps, elle continua à regarder l'eau qui défilait sur les vitres, puis elle se décida enfin. Elle prit son carnet et un crayon.   
Dès qu'elle se mit à écrire, quelque chose changea dans son regard. Une étincelle y brilla. Quelque chose de difficile à expliquer. Une sorte de frénésie envahit chaque parcelle de son corps. Elle se mit à écrire de plus en plus vite, de plus en plus rageusement. Aussitôt qu'elle eut fini sa première phrase, elle vit l'encre sur la feuille s'atténuer et s'effacer. Les mots disparaissaient dès qu'elle finissait de les écrire. Ils ne voulaient pas demeurer sur la feuille de papier, ils s'envolaient. Grâce à elle, ils prenaient vie.  Malgré tous ses efforts pour les graver dans le monde réel, les encastrer en elle et en son souvenir, ils semblaient vouloir s'échapper à tout prix. Elle n'y arrivait pas, elle n'y arrivait plus. Tout se mélangeait dans sa tête. D'une main, elle écrivait avec fièvre sur la feuille. Elle semblait en transe. Elle appuyait si fort que, parfois, elle en transperçait le papier et pourtant, les mots ne se décidaient pas à rester. De s'imprimer sur le papier. De l'autre main, elle se frottait le crâne avec dureté. Elle s'arrachait les cheveux. Autour d'elle, tout s'effondrait, il ne restait rien en ce monde qui était en ordre. Tout s'embrouillait. Il n'y avait que cette phrase qui restait claire. Cette unique phrase qui s'effaçait.
***

En vérité, Katia se trompait. Tout autour d'elle, rien ne s'effondrait. Le monde avait son ordre, la vie avait son équilibre. Les mots ne s'effaçaient pas. Ils restaient à leur place tels qu'ils devaient l'être. Elle ne faisait que réécrire encore et encore la même phrase. Dans cette pièce aux grandes fenêtres grillagées, la seule chose qui n'avait pas d'ordre, c'était son esprit.

jeudi 17 avril 2014

Envolée




-Vous êtes fou? Vous allez tomber! Revenez vers moi, vite!
Le petit homme se dandina jusqu’au fou, qui gardait son regard fixé sur l’immensité du vide. Il avait le bout des pieds suspendus dans l’air et son corps tremblait sur le rebord de la falaise. Aux mots du petit homme, le fou mima de se laisser tomber dans le vide.
-Vous faites erreur, monsieur. Je ne veux pas tomber, loin de là l’idée. Je veux voler, comme un oiseau.
Son ton était tellement calme qu’il était reposant. Le petit homme haussa un sourcil, mais ne montra son étonnement d’aucune autre façon.
-Voyons, les hommes ne volent pas, ça se sait bien! Par contre, vous pouvez prendre l’avion, pour voler.
-Je suis désolé de vous le dire, monsieur, mais vous êtes encore une fois dans l’erreur. Voler dans un avion, ce n’est pas voler. C’est être prisonnier d’une cage de métal, qui elle vole. Je ne veux pas être prisonnier, moi, je veux voler. Dans l’avion, vous vous sentez comme au sol, rattaché au sol par deux pieds, immobilisé à l’horizontale. Moi, je veux plus encore.
Le petit homme se retrouva découragé. Décidément, le fou ne semblait pas faire preuve de bon sens. Bien sûr, il aurait pu tourner les talons, partir loin de là et oublier le fou. Mais quelque chose l’en empêchait. Il devait l’aider, mais mieux encore. Prouver qu’il avait tort.
-Vous allez vous écraser, pas voler!
-Pardon, monsieur, mais l’un n’exclut pas l’autre. Je vais m’écraser, ça, je le sais. Mais avant je veux voler. Je veux flotter dans l’air, me sentir libre! Monsieur, je ne vis que pour la liberté!
-Le suicide n’est ni une solution ni une libération, vous pouvez faire autre chose de votre vie!
-Je crois que vous ne me saisissez pas, monsieur. Je ne veux pas me suicider. Je veux sauter, et puis voler. Si je meurs, tant pis. Quand je vais voler, je vais être aussi léger que l’oiseau et aussi heureux que la tourterelle et peut-être seulement alors je pourrai vivre. Si c’était ça vivre? Alors, ce ne serait pas un suicide. Mettre au monde un enfant n’est pas un meurtre, alors choisir de vivre n’est pas un suicide!
Si ça se trouve, monsieur, c’est vous qui ne vivrez pas aujourd’hui. Avez-vous déjà senti l’air frôler votre visage, empreint de puissance? Le vide est si vivant, monsieur!
Avant que le petit homme puisse faire quoi que ce soit, le fou se jeta. Ce fut un silence foudroyant. Puis, le son amortit, bien lointain, de l’homme qui avait peut-être volé quelques secondes. Ce fut plus fort que lui, il s’approcha du trou, pour regarder le corps. Mais celui-ci était caché par les arbres.
Il ramassa un caillou, toujours au rebord de la falaise, puis, d’un geste las, il le laissa tomber. Il le dévora des yeux, sentant le vent souffler contre ses joues dodues. Il se sentit attiré par le vide, comme s’il y avait une corde entre la pierre et lui. Il eut, pendant une fraction de seconde, l’envie irrésistible de sauter. Ce fut tellement court qu’il aurait pu avouer ni jamais avoir pensé, et ça ne serait pas complètement faux. Puis, reprenant sur lui, il tourna vivement des talons, décidant qu’il ne vivrait pas aujourd’hui.

Texte envoyé pour un concours d'écriture.

samedi 8 février 2014

Il voyait la mort




Sous un long soupir désespéré, il se tira de l'autre monde. Les gens continuaient de mourir nuit après nuit, quand il fermait les yeux. Ils les voyaient agonisé, souffrir, sans qu'il puisse rien n'y faire. Et le matin, tout le monde était en vie. C'était de plus en plus dur de faire une différence, de faux souvenirs s'enroulant tristement autour d'un passé tissé de manière hasardeuse. 

Chaque fois qu'il les revoyait, il les voyait déchiré, disloqué, proche d'une fin. Pourtant, rien. Pire que tout, il la voyait mourir encore et encore. Elle qui comblait ses pensées. Qui faisait marcher son cœur et ses poumons. 

Alors, il essayait de s'en détacher. Il ne devait pas le nier, il ne pouvait le faire, ce n'était pas normale. Torturer par ses pensées. Mais ce soir-là, c'était différent. Non pas que personne était morte, au contraire, il avait souvenir d'une multitude de cauchemars, qui ne le finissait jamais. Mais quand il se réveilla, il n'était pas seul. Son cerveau n'aurait pas pu le certifier, mais cette nuitée-là, il n'avait point le contrôle, ses yeux et son cœur battant faisait office de chef de bord.

 Car devant lui était assise paisiblement la mort. Un masque noir, avec seulement un sourire blanc et de grands yeux rouges. Une longue faux traînant entre des doigts gantés. Il ne pouvait pas mourir. Tout le monde le disait, tout le monde le pensait. Lui, il ne songeait qu'à savoir pourquoi. Pourquoi avait-il côtoyé si longuement la mort avec qu'elle l'attire avec elle. D'une voix douce, presque minutieuse, elle lui donna tort. Elle ne venait pas le chercher. Elle venait s'occuper. Elle aussi voyait son œuvre de façon horrible, était épuisé par ce fardeau. Mais pourquoi devait il en subir les effets, et surtout pourquoi lui, ne se détachant de personne d'aucune manière. Et elle haussa des épaules.
Tu sais, dit-elle, je ne contrôle pas grand-chose. C'est la nature qui en décide ainsi. Moi, je ne veux que parler avec un semblable.

 Il hésita un peu, s’éclaircit la voix, puis demanda vaguement si quelqu'un qu'il connaissait aller subir le passage demain. Encore une fois, ne sachant pas trop, elle haussa les épaules, mais en revanche lui tendit un papier. C'est les gens du coin qui vont mourir lui fit elle comprendre. Il fut soulager de voir aucun nom lui rappelant quelque chose. C'est ainsi qu'ils discutèrent tout au long de la nuit, sur un peu de tous les sujets. Elle en savait beaucoup, mais ressentait très peu. Il en était tout le contraire, mais tous deux étaient fatiguer de la fin.

 Au matin, elle reparti, il l'invita à revenir. Puis, il se réveilla. Il aurait cru que ce n'était qu'une déviation originale de ses habituels cauchemars, mais la nuit suivante, il pria son retour. Bien sûr, que ferait-elle d’autre. Et ce fut le début d'une histoire, unique et pourtant si universelle. Il ne faisait plus de cauchemar, plus que d'enlevante discussion avec une amie. Mais un soir, elle arriva gênée, presque intimidé. Elle lui tendit un papier. Un de ses amis allait mourir demain. Il hocha de la tête, comprenant qu'elle ne pouvait rien n'y faire. Les gens devaient mourir. Elle lui fit un marcher, si il ne le voyait pas à partir de 17h, elle ferait en sorte que sa mort soit paisible. Elle ne voulait pas faire cela devant lui, c'était impensable. 

Il accepta. Le lendemain, il passa la journée avec son ami, puis l'heure venu, les deux partis dans leur direction, dont l’un, a jamais. Il ne vit jamais quelqu'un passé, sous ses yeux, de toute sa vie. Beaucoup de gens le quittèrent, bien évidemment, mais jamais ce fut devant lui. Il savait quand les gens allaient partir, mais ça ne le dérangeait plus, il avait déjà vécu cela, la nuit, avant elle.

 A un très vieil âge, il mourut. En paix, comme tous ses proches, dans son sommeil. Il sourit, c'est la première fois qu'il voyait quelqu’un passé, en plus de cinquante ans. Mais ce n'était pas mourir, c'était retrouvé une vieille amie, et allé prendre un café...ailleurs.

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